:

MONTMARTRE :

DU CHAT NOIR A LA MAISON BLANCHE


Avant-propos


    La maison Blanche.
    Il y a des coïncidences improbables dont la conjonction miraculeuse ne peut être que poétique.
    Que le docteur Blanche, médecin aliéniste, ait été prénommé Esprit par son père, lui-même aliéniste, est l'occasion d'un sourire attendri. Qu'il ait installé sa clinique pour les « insensés » dans une folie (1)  en haut de la rue Lepic, la Folie Sandrin, porte à ricaner, ce fameux rire douloureux qui nous rappelle Bergson.
    Que ses contemporains aient pris l'habitude de citer sa maison comme la maison Blanche, qui désigne mot à mot le lieu-dit proche de Neuilly-sur-Marne où se trouvait la « maison de fous » de Ville-Evrard nous laisse perplexes.
    Au bout du chemin, en haut de la rue Lepic, nous y rencontrerons Gérard de Nerval, Jacques Arago ou l'auteur de feuilletons sanglants Frédéric Soulier.

    Les habitants de ce quartier sont parfois surpris d'apprendre que Paul Verlaine, cet abruti que nous aimons, a épousé la petite Mathilde à la veille de la Commune, place des Abbesses où se trouvait alors la mairie du XVIIIe dont Georges Clemenceau sera le premier maire républicain un mois plus tard ; ou que le presbytère actuel de Saint-Jean de Montmartre était l'hôtel de La Malibran… ou encore que le frère de Mathilde qui l'a présentée à son ami Paul, était pianiste au Chat Noir juste avant Erik Satie.
    Erik Satie ? Bien sûr, les Gymnopédies ! Oui, mais Esotérik Satie, comme dit Alphonse Allais, a fondé au sommet de la Butte, 6, rue Cortot, l'Eglise Métropolitaine d'Art de Jésus Conducteur dont il fut évidemment le seul fidèle, et pour laquelle il composa un Choral inappétissant. Nous donnons plus cher d'un Choral inappétissant de Satie, drôle de paroissien, et de son humoresque poétique, que des Stances indigestes de Musset à la Malibran.
    Quant aux peintres, plusieurs sont illustres mais on n'entend guère citer Marie Laurencin chère à Apollinaire et qu'il rencontrait dans un café aujourd'hui disparu, 36, rue Lepic. Le nom de Maurice Utrillo est connu des aînés – pas des jeunes gens – alors qui avancerait qu'il était le fils d'une acrobate de cirque devenue Suzanne Valadon ? Ou que sa femme, Lucie Valore, demeurait encore 87, rue Lepic, à la fin de la décennie 1960, à côté de la villa où vécut Georges Courteline ?

    Le Chat Noir ?
    Qui est l'auteur du livret de L'Heure espagnole, histoire licencieuse, leste et d'une poésie impudente dont Maurice Ravel fera un chef-d'œuvre ? Un haut fonctionnaire.
    La poésie n'est pas toujours celle des anthologies et d'ailleurs la poésie ne s'écrit pas dans les manuels.
    Léon Serpollet écrit l'épopée de l'automobile à force de vapeur, de constance et de pénétration poétique, 27, rue des Cloÿs. Tandis que, au droit de son usine mais dans la rue Marcadet, au 168, un certain Cabirol commercialisera des scaphandres autonomes (inventés par les Aveyronnais Rouquayrol et Denayrouze).
    Au hasard du parcours, nous aurons cité, récité, dit et chanté pêle-mêle Jehan-Rictus, Verlaine, Nerval, Fargue, Jules Jouy, Marcel Aymé, André Breton, Tristan Tzara, Gaston Couté, Apollinaire, Céline ou Destouches selon l'humeur ; le catalogue pourrait se continuer par Courteline, Max Jacob, Satie, Berlioz, Ravel, D. E. Inghelbrecht, Vian, Cosma ou Prévert… et, peut-être, quelques individus vivants.

_________________

    Note 1: Maison d'agrément en dehors de la ville.
Avant-propos
La Ferme

   

                                                                    Ballon place Saint-Pierre                                  le 11 octobre 1870




Sites associés

(liens directs)





Eglise romane et campanile de



« Le tort de la Corse... »  (F. Braudel)



Sculpture, gravure et autres activités



Colette et Rose chantent :
La Fiancée du sommeil