MONTMARTRE : DU CHAT NOIR A LA MAISON BLANCHE

La mode du bistrot et du bistro

    Petits cafés, restaurants à trois ou quatre tables, épiceries buvettes ou simples bistrots, plus que les cabarets familiers, sont les établissements dont la disparition a faussé le décor.
    Dans les bistrots, on pouvait voyager dans l'espace et dans le temps, de plusieurs manières, quand le mot bistrot, loin d'être une enseigne commerciale à la mode pouvait être pris comme une insulte par d'honnêtes débitants de boissons, et Dieu sait s'il y en a...

 

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Chez la Mère Catherine
Le billard en bois, souvent source de litiges.

      Aujourd'hui on affiche volontiers sur sa devanture le mot « bistrot », en titre : le Bistrot de ceci ou de cela ou, à la rigueur, en sous-titre « bistrot à vins » ou « bistrot à bière ».
    Au début du XXIe siècle, l'annuaire en compte 194, 194 bistrots dénommés « Bistrots ». A Paris.
    Il en compte 194 avec « t ». Et 88 sans « t ».
    Ce qui voudrait dire que certains « bistro » sans « t » sont italiens, le « t » inutile en Italien et qui fait tout le charme du mot français, le français qui a la capacité d'acclimater les mots et qui ajoute volontiers un « t » à bistro ; à part Toto on ne peut guère trouver en français de mots qui se terminent par « to » sans « t ». D'ailleurs, on peut soupçonner le Bistro romain d'avoir demandé à figurer, par prudence commerciale, sous les deux espèces, avec « t » et sans « t ». Et les « Bistro romain » se comptent par dizaines.
    La liste des 282 bistro(t)s emplirait inutilement plusieurs pages mais on peut toutefois en citer quelques-uns parmi les plus intéressants.
    Voyager dans les bistrots est économique et commode : il y a, par exemple, le Bistrot lorrain, le Bistrot des Vosges, le Bistrot du Quercy, le Bistrot landais. Mais il y a aussi le Bistrot ir…landais.

 

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L'Auberge des Assassins
ancêtre du :Lapin Agile

    Allons beaucoup plus loin, il y a le Bistrot de Tokyo et celui d'Osaka.
    Il y a naturellement le Bistrot de Valparaiso.
    Mais plus près de nous il y a le Bistro napolitain et le Bistro romain dont nous parlions. Il y même le Bistrot rital.
    On ne sait plus à quel saint se vouer quand on voit le Bistrot de Saint-Antoine –  Saint-Antoine de Padoue, priez pour nous – mais le Bistrot du curé, sur le boulevard de Clichy, outre un repas honnête, nous valait, il a quelques années, quelques jours d'indulgence plénière.
    Nous l'aurions parié, il y a, c'est la moindre des surenchères, le Vieux bistrot à plusieurs exemplaires, le Petit bistro et par conséquent le Grand bistro, le Bistrot d'à côté et le Bistrot d'en face. On pouvait croire que le Bistrot de papa avait fait son temps ? Mais non, c'est le nom d'un bistrot.
    Passons rapidement sur les bistrots du quartier où on a perdu le sens du voyage : on trouve le Bistrot de Montmartre, le Bistrot de la butte, le Bistrot de la place.
    Remarquons qu'il n'y a plus rien dans le mot bistrot qui puisse blesser un marchand de vin car on découvre le Bistrot du sommelier.
    Alors aujourd'hui le procès « intenté à monsieur Pierre de Courcelles par un marchand de vin qui considère comme une injure le mot « bistro » appliqué à sa corporation » ne ferait pas les frais d'une procédure et la cinquième chambre correctionnelle ne demanderait pas huit jours pour se prononcer.
    Ce qui nous priverait des quatrains déjà cités de Raoul Ponchon.
Bistrots
Kostro