MONTMARTRE : DU CHAT NOIR A LA MAISON BLANCHE

Boulevard de Rochechouart, boulevard de Clichy.

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    Vers les années 1940, sur le terre-plein central du boulevard de Rochechouart, non loin du métro Anvers, Yves Leboulanger avait son emplacement à l'année à la hauteur de l'Elysée Montmartre. Haltérophile atteint par la limite d'âge et les petits vins blancs, il soulevait les haltères par procuration : son « élève » fournissait l'effort. Mais cet effort aurait été inutile si La Boulange n'avait pas assuré la parade et son corollaire, la quête.
    Il rameutait la foule à son de clairon, exigeait sa formation en carré parfait, détaillait l'exercice qui allait suivre en mimant l'épaulé-jeté avec sa canne et harcelait l'assistance pour découvrir « un athlète, un sportif » capable de soulever le gros haltère, ce qui ne se produisait pas à moins que ce fût un compère.
    Puis il annonçait le nombre de pièces de monnaie indispensables pour motiver son « élève », commençait sa tournée parmi le public en comptabilisant deux pièces sur trois, exigeant jusqu'à la dernière et même au-delà.
    Il n'y avait plus qu'à expédier promptement l'exercice qui n'était pas un travail d'hercule, et aller partager la recette à la brasserie de l'
Elysée Montmartre devant un petit blanc.
    Tempérament hargneux et caractère intraitable, il bousculait sans ménagement les soldats allemands de l'occupation qui ne respectaient pas ses consignes ou tentaient une diversion. Il ne sera pas plus conciliant avec les soldats américains de la libération.. Sur son carré de boulevard, il était chez lui.


*-*
    Un événement parcourait entièrement ce boulevard : la fête foraine qui s'installait autrefois sur le terre-plein.

— « M'man ? Laiss'-moi voir les p'tit's baraques
dis,… arrêt' toi M'man,…me tir' pas !
Tu m'sahut's, tu m'fais mal au bras…
Aïe, M'man ! Tu fous toujours des claques !

Ben vrai, c'qu'y a du populo !
M'man ? y rigol'nt comm' des baleines…
Quoi c'est qy'y leur jacqu't' el' cam'lot ?
Pheu !… c'que ça pue l'acétylène !

M'man, les « bolhommes » ! M'man, les « pépées »,
les « ciens d'fer, les fling's, les « misiques »,
les sabr's, les vélos « mécaliques » !
oh ! Moman, c'que j'suis égniaulé !
1
...

    Un soir d'hiver, un gamin de sept ans rentre à Saint-Ouen, traîné par sa mère comme un fardeau, étourdi par le spectacle du boulevard. Ils sont allés « chez ma tante2  », au Crédit municipal qui se trouvait sur le côté de l'Hippodrome, rue Capron puis rue Cavalloti non loin de la rue Camille-Tahan. La mère a tenté de gager quelques hardes sans grande valeur dans l'espoir d'en tirer une pièce de quarante sous. Dernier espoir déçu et c'est le gosse qui étrenne.
    Gabriel Randon – et non pas de Saint-Amand bien que sa mère soit née d'un Randon de Saint-Amand – a vécu une enfance de taloches, de corvées et de déménagements, de faim et de froid. Bon élève jusqu'à quatorze ans, il fuit l'appartement de sa mère qui le maltraite et trouve à se loger chez un sergent de ville, rue Ravignan, dans un réduit aveugle ; il continuera de s'instruire. Il lui faudra plusieurs années pour parvenir à se loger décemment rue Lepic. A vingt ans il est à la rue puis il obtient un emploi à l'Hôtel de Ville. Il se lie avec des poètes, écrit dans le Mercure de France et d'autres revues, apprend son métier « d'homme de lettres » de manière assez classique tout en vivant, par nécessité, près du peuple. Ses écrits ont un succès modeste.
    Imprégné du parler populaire il le collecte, le relève comme les musiciens notent le folklore et l'intègre à son écriture. Son poème l'Hiver est remarqué. En décembre 1896 une soirée de gala au cabaret des Quat'z-Arts, 62, boulevard de Clichy, où il débute sous le nom de Jehan-Rictus, lui apporte le triomphe et la « glouâre », du jour au lendemain. Il a vingt-six ans. Il n'écrira plus que dans la langue des faubourgs malgré les conseils de ceux-là mêmes qui le félicitent. Le patron du cabaret des Quat'z-Arts, François Trombert qui l'a créé, lui consent un cachet qui n'est pas en rapport avec son succès – cent sous par soirée, plus le bock – et Jehan-Rictus va bientôt solliciter Rodolphe Salis qui n'est pas connu pour sa générosité mais qui, en commerçant inspiré, double la mise et l'engage au Chat Noir pour dix francs.

                           

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Jehan-Rictus par Gaston Couté
    Cette langue, il l'a apprise et l'a faite sienne mais c'est une langue étrangère : « Je ne fais que de l'entendu ». Comme ceux qui maîtrisent parfaitement une autre langue que leur langue maternelle il dispose d'un certain recul pour l'apprécier et la mettre en œuvre. Ce n'est pas un discours spontané ; malgré son enfance malheureuse il n'est pas le gosse des Petites Baraques. De tempérament studieux il travaille longuement ses textes, il les travaille à haute voix, en perfectionnant le discours et la musique. De sa voix, dont il est très ménager, il exerce le timbre et l'articulation, tel Flaubert en son gueuloir.
    Tous les effets qui concourent à l'expression sont utilisés ; allitération brutale « ... la Grande en Noir / qui tranch' les tronch's par ribambelles » (La Dame en Noir) ou « Nous, on est les pauv's'tits fanfans, / les p'tits flaupés, les p'tits foutus... » (Farandole des pauv's'tits fanfans morts) ; changement de rythme et déplacement de la césure en coupes binaires ou ternaires « M'man, les « bolhommes » ! M'man, les  pépées », / les « ciens d'fer, les fling's, les « misiques », / les sabr's, les vélos « mécaliques » ! / oh ! Moman, c'que j'suis égniaulé ! » (Les Petites Baraques).
    Les refrains ou leitmotive « Ah ! comm' t'es pâle... ah ! comm' t'es blanc » (le Revenant) font penser aux rondeaux et virelais, ils évoquent des formes musicales, et les pièces les plus développées sont une manière de chansons de geste.

    Jehan-Rictus est un des rares poètes à trouver grâce auprès de Léon Bloy. Après l'avoir qualifié, dans une dédicace en 1898, de « ... rossignol à la langue pourrie », Bloy en fait, quelques années plus tard, le dernier poète catholique « ... un de ces monstres de mélancolie et de pitié qui ne connaissent pas Dieu et qui crèvent de l'amour de Dieu ! ».  C'était après La Jasante de la Vieille. La première appréciation ne contrarie pas plus Rictus3  que la deuxième ne le convainc. Ils seront amis et il faut convenir qu'ils sont liés par des traits de similitude.
    Léon Bloy était cousin germain d'Emile Goudeau qui l'avait invité à écrire dans les rubriques du journal Le Chat Noir dont il était rédacteur en chef ; Bloy avait trente-six ans, c'était en août 1882 et pendant près de deux ans il fournira une série d'articles sous le titre : « Propos d'un entrepreneur de démolitions », jusqu'à la brouille avec son cousin. C'est le schéma habituel de son activité de critique ou de pamphlétaire. Au Figaro, où son talent n'était pas discuté, après une demi-douzaine d'éreintements frénétiques on le remercia pour respecter la loi des convenances littéraires, sociales, politiques – ce qu'il ne pratiquait pas en dénonçant les fausses valeurs –, et pour sauver ce qu'il restait d'abonnements. II aura bien du mal à trouver quelques activités rémunérées en littérature et les livres qu'il publiait, quand il pouvait convaincre un éditeur, faisaient un bruit sourd en tombant à plat.
...
    Je le confesse, il n'est pas en mon pouvoir de me tenir tranquille. Quand je ne massacre pas, il faut que je désoblige. C'est mon destin ... 4
    On en vint à ne plus jamais citer son nom, par représailles, façon perverse de nier son existence. Et par conséquent :
    ... La « conspiration du silence »... n'a rien de chevaleresque, sans doute, mais elle est indiscutablement efficace pour tuer un homme supérieur qu'il est impossible de déshonorer ...5

    Manifestant une sorte de logorrhée épistolaire6, il écrivait à ses ennemis presque autant qu'à ses amis et s'expliquait longuement de tout. Jehan-Rictus, de son côté, passait des heures à faire du courrier ; ils ont correspondu assidûment pendant quatre ou cinq ans jusqu'à ce que Léon Bloy vienne s'installer, avec sa femme et ses deux filles, à Montmartre en 1904 ; pendant quelques mois au Château des Brouillards, rue Girardon, puis rue du Chevallier-de-la-Barre. Tous deux dénigraient systématiquement leurs homologues dans le milieu des lettres. Bloy exerçait un militantisme forcené de la charité, à son bénéfice ; il envoyait des suppliques pour obtenir des secours – voire aux victimes de ses pamphlets – et reconnaissait avoir passé sa vie à attendre, en retour, le facteur. Le rendement, loin d'être négligeable, lui procurait, avec quelques rétributions de travaux personnels, l'équivalent d'un revenu de « cadre ». Il s'étonnait de son impécuniosité permanente et dans le même temps, pour le confort de sa famille, il pouvait entretenir une femme de charge à temps complet et une couturière. Jehan-Rictus, de son côté, sollicitait sans cesse ses amis qui ne lésinaient pas et, avec l'appoint de ses rentrées personnelles qui étaient plus substantielles que celles de Bloy, n'ayant pas de charges familiales, il était tout à fait à l'aise.

                              

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Léon Bloy
    Une attitude semblable les rapproche sur un autre terrain, celui de la mission. Celle de Bloy était évangélique, contre la misère, notamment la misère intellectuelle, et les fausses valeurs institutionnelles. Il faisait périodiquement des retraites chez les Chartreux ou à la Trappe, surtout quand il était démuni, et menait croisade à travers ses écrits. La mission de Rictus, sans avoir le même fondement, concernait la misère du peuple et la vanité des dogmes de la société bourgeoise ; il fut ravi, toutefois, de recevoir le sacrement de la Légion d'honneur à la fin de sa vie. On les retrouve sur le chemin de la quête de la mère. Léon Bloy était possédé d'une passion mystique pour N.-D.-de-la-Salette, haut lieu du culte marial. Quant à Jehan-Rictus, obsédé par « la mère » il finit par la recomposer en la personne de sa nourrice aux « nichons miséricordieux », son culte allant à « Notre-Dame des Démolis » faute de culture religieuse.
    Jehan-Rictus, entraîné par Léon Daudet, suivit les Camelots du Roi, vers la fin de sa vie. Léon Bloy ne l'aurait pas renié. On peut envisager cette manière d'être royaliste comme une profonde aversion pour le régime parlementaire chaotique de la fin du XIXe-début du XXe siècle. L'absence d'autorité du régime républicain semblait désagréger la nation, favorisant la création des ligues dites « patriotiques », et le libéralisme semblait pérenniser l'iniquité. Chez certains artistes et intellectuels s'y ajoutait la nostalgie du mécénat, générosité du prince propre au pouvoir personnel.

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    A l'inverse des lettrés, chez Henri Chassin l'argot est culturel. Une famille nombreuse d'un milieu populaire, le père communard, les métiers variés enchaînés dans sa jeunesse font qu'il le pratique sans affectation. C'est un langage de classe qui répond à une exigence naïve, celle de la probité à l'égard de son milieu social et par conséquent de sa dignité. On dirait aujourd'hui que l'expression des minorités était dans l'air. Chassin jaspine le jars7, tempéré par la nécessité poétique, mâtiné ou agrémenté de formules populaires où affleurent la tendresse, la compassion à l'égard du simple ovérier, du populo et leurs frustrations. Ou bien, comme les deux langues font bon ménage, il parle un langage populaire fortement imprégné de langue verte des fortifs.
    Ce n'est donc pas l'argot crypté ou codé d'une population dont la survie dépend du secret dans les conversations et qui s'adresse aux seuls initiés, les affranchis, mais plutôt l'argot de connivence d'un corps social dont une frange se distinguait mal, parfois, des individus coupables de méfaits. Chassin n'est pas un malfaiteur, c'est un poète. On peut évoquer l'influence lointaine de Villon, peut-être d'Aristide Bruant mais pas de son procédé systématique, probablement celle Jehan-Rictus, de dix-huit ans son aîné, qui pratiquait un langage des faubourgs ou la notoriété du Richepin de La Chanson des gueux et non pas, évidemment, le Richepin de l'Académie française. Alors, pour faire la distinction, Henri Chassin, avec Louis Richard, fonde l'Aquadémie.
    Au début de 1923, le poète Paul-Napoléon Roinard, anarchiste « individualiste », présente Chassin au rédacteur en chef de la revue satirique Tam-Tam. L'Aquadémie, avec un Q, vient d'être fondée : « ... Ce Q a pour objet de figurer, dans l'Aquadémie, tous les académiciens de l'Académie sans Q. Ce n'est que par ce Q, synthèse des quarante autres Q, qui se trouve dans l'autre, l'officielle, que l'Aquadémie avec Q se distingue de l'Académie avec un simple C8. » C'est le commentaire de Roinard.
    Chassin, plus concis, vous aurait résumé l'affaire en deux mots : « L'Aquadémie avec un Q, pour s'asseoir dessus ».
    Le Front populaire n'est pas loin mais il ne s'agit pas de revendication politique. Jehan-Rictus écrivait à Léon Bloy, en 1900 : « ... je compte détruire dans les cervelles populaires le très abrutissant mythe du Travail ! » Un peu plus tard, la dignité de Chassin, prend ses distances dans l'humour pour désigner ceux qui, précisément, prônent Le Travail :

Y avait des mecs en conférence
Qui jaspinai'nt la bouche en cœur.
« Le Kravail erlèv'ra la France
« En une vague de bonheur,
...
    La litanie se poursuit «  pour asseoir leur nouveau bon guieu » : le Kravail qui est sanctifié. L'auditeur Chassin, qui n'est pas dupe, retourne aimablement la situation et bien qu'on ne l'y ait pas invité propose un autre sermon :
...
Croyez qu'c'est l'as9  l'chant des machines,
Quand schlingu' les huiles et la sueur…
L'acid', le feu, l'acier, la mine,
Le travail pour nous, c'est le tueur…
Mais pisque vous l'trouvez palâce10 ,
Pisque c'est nous les profiteurs,
Ben, les poth's, on vous cède la place.
On n'sra p'us des accapareurs,
Comm' ça en vrai démocratie,
Eun' fois qu'on s'ra dépossédés,
On f'ra dans l'aristocratie,
Afin d'un peu nous amender.

    Pour Chassin qui était un gaillard placide le sentiment, même teinté de revendication, s'exerce au Clair de lune dans une pétition nostalgique plus que dans la récrimination :

La blond' que mes regrets gourmandent,
Cell' qu'on dit qui s'accroch' s'y tue,
Cell' qu'est flambé' comme un' statue
Dont les carreaux11  s'rai'ent deux amandes.
...
Ça s'est passé dans un' belle' sorgue12 ,
Gn'avait pus d'trams et pus d'taxis.
L'était deux heur's... l'heur' qu'on occit
Le borgeois qui va-t-à la morgue.
...
    La seule chose qu'il revendiquait était l'héritage des Hydropathes, bien après qu'Emile Goudeau les eut oubliés. Dans les années cinquante il tenait cénacle au Tire-bouchon, au coin de l'impasse Traînée. Valbert et Kerambrun, les patrons qui y chantaient le soir, lui en concédaient amicalement l'usage le dimanche après-midi. On y rencontrait diverses tendances anarcho-populistes confusément et « libertairement » représentées.

    Bernard Salmon qui sera pour un temps trop court maire de la Commune libre avant de disparaître, maintenait sans cérémonie un peu d'organisation dans la séance. Dans une ballade qu'il disait volontiers il vantait, des femmes, le « si callipyge derrière ». Une d'entre elles qui, à notre connaissance, avait très peu combattu tentait la subversion en psalmodiant avec enflure Le Déserteur de Boris Vian qui est pourtant suffisamment ampoulé. Il y avait toujours quelqu'un pour réciter comme à l'école ou pour chanter Gaston Couté « Va, petiote que j'aimais bien ;/ Moi, je n'ai plus besoin de rien !…/ Va-t-en danser à la frairie… », avec un faux accent balgencien ; Francis Cover, excellent chroniqueur de radio et compatriote de Couté, qui passait par-là dans un mouvement de sympathie, s'ennuyait un peu ; une comédienne disait avec talent un poème de René Guy Cadou dans lequel Joseph d'Arimathie ensevelit Jésus « dans un morceau de serpillière » mais elle faisait fâcheusement  siffler la finale d'Arimathie, qu'elle prononçait comme Croatie ; Francis Cover, impulsif, se contenait difficilement et l'insultait sotto voce. Anatole, le vrai-faux garde champêtre venait parfois jouer de l'accordéon. La séance se terminait le plus souvent en chantant le Grand Métingue du Métropolitain. Une ou deux fois par an, un banquet très apprécié par les poètes libertaires de toutes confessions était organisé à l'Auberge du Clou, avenue Trudaine, conformément à la tradition des Hydropathes.
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Place Blanche
août 1944
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Note 1 : Les Petites Baraques, Jehan-Rictus.
Note 2 : Autres appellations familières : "le clou", le "mont de piété".
Note 3 : « Ne m'appelez pas « Rictus » tout court. C'est « Jehan-Rictus » avec un trait d'union, s.v.p. J'ai trouvé ce
          pseudonyme en réfléchissant au demi-vers de Villon : Je ris en pleurs… »
écrivait-il en 1928 à Yvette Guilbert
          avec qui il était lié. Elle fera des conférences sur le poète, en France et en Amérique.
Note 4 : Introduction à : Histoires déobligeantes.
Note 5 Ibid.
Note 6 : L.-F. Céline sera affligé de la même tendance quasi pathologique. Dans sa correspondance il cite plusieurs fois
          Léon Bloy pour les similitudes de leur parcours : errance, séjour au Danemark, voisinage posthume – Bloy a vécu
          près d'un an rue Girardon, au Château des Brouillards –, il le cite comme un épouvantail.
Note 7 : Jars = jargon, c'est à dire argot ; les jars ne jargonnent-ils pas ?
Note 8 : D. Caldine. Préface pour Machin de Belleville d'Henri Chassin.
Note 9 : As = ce qui'il y a de mieux.
Note 10 : Palâce = beau, parfait.
Note 11 : Carreaux = les yeux.
Note 12 : Sorgue = nuit.
Le boulevard
Déclin